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Contenus et liens sociaux, un échange avec Martin Lessard sur SlideShare

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Pour mémoire, l’échange d’aujourd’hui sur la (belle) présentation de Martin Lessard: « Le contenu n’a plus de valeur »:

MRG:

Belle présentation, efficace et qui me pose une question, essentielle amha: le lien est-il le moyen du contenu (influenceurs, médiateurs) ou le contenu le moyen et le lien la fin? Ce qui signifierait une mutation fondamentale, et en apparence régressive: la prééminence du lien n’est-elle pas la caractéristique pré-littératique, féodale par exemple?

Martin Lessard:

Je ne serais peut-être pas prêt à dire que c’est une ‘mutation fondamentale’ dans le sens que ce phénomène pré-existe au web (voir les études de Lazarfeld et son Two-Step flow), même si ce n’est peut-être pas dans le même contexte, ni à une telle échelle.

Je dirais que je tente de remettre en relief le fait que les échanges communicationnelles ont une composante sociale qu’on a tendance à sous-estimer. En titrant que le Contenu n’a plus de valeur je pose en creux cet état de fait.

Je laisserai un anthropologue répondre à votre dernière question 🙂

MRG:

Je ne suis pas sûr qu’on ait tendance à sous-estimer la composante sociale, tout dépend du ’on’ que l’on (!) suppose. Par exemple les outils de gestion des signets en ligne se sont appelés, aux débuts du web 2.0, ’social bookmarking’ alors même que leur utilité la plus évidente et immédiate était dans la gestion personnelle de ses signets, ie dans leur orientation contenu. Voir aussi aujourd’hui les réflexions d’Hubert Guillaud sur la lecture sociale, celles de Marc Jahjah sur le partage des annotations, ou celles de mon ami Christian Jacomino sur le partage de la lecture à voix haute.Et en amont encore, il y a le travail des théoriciens du texte qui ont déconstruit la notion d’oeuvre. Il me semble qu’aujourd’hui au contraire la tendance massive est à la revalorisation de la composante sociale, votre présentation l’illustre et ce qu’elle montre, et qui me pose question, c’est que cette promotion de la composante sociale ne se limite pas à l’estimation, à l’idée que l’on se fait des échanges communicationnels, mais qu’elle concerne l’évolution même des pratiques.

’Mutation fondamentale’ est peut-être une facilité de langage mais n’a de sens que dans le contexte particulier des échanges en ligne. D’ailleurs, s’agissant de Lazarfeld, je remarque que sa théorie vise à décrire le mode de percolation des idées, où les leaders d’opinion sont des vecteurs, c’est-à-dire que le sujet reste en fin de compte le contenu. Votre présentation pose bien la question anthropologique (justement) amenée par l’évolution des pratiques: lorsqu’on envisage le rôle des ’influenceurs’ on reste dans le cadre de la problématique de Lazarfeld, de la diffusion des idées/contenus, mais lorsqu’on pose que le partage devient la valeur, c’est bien d’une mutation qu’il s’agit, où le ’massage’ social devient la fin et le message est rabaissé au rôle de moyen (on pourrait soutenir qu’il en a toujours été ainsi mais il faudrait alors parler d’une ruse de la raison qui fait consonner deux logiques différentes selon un équilibre éventuellement mis en péril – mais ce serait dépasser les limites d’un commentaire déjà beaucoup trop long ;-)).

Merci en tous cas de votre réponse.

Martin Lessard:

Je dois dire que le YulContenu était une rencontre de jeunes ‘gestionnaires de communauté’ de 20 à 30 ans, pas particulièrement familier avec la théorie (je n’ai d’ailleurs pas cité Lazarfeld). C’est le ‘on’ de mon précédent commentaire.

Votre précision me fait penser que finalement je touche un sujet plus près de McLuhan que de Lazarfeld peut-être. Mais il est vrai qu’une grande partie du contenu social échangée actuellement concerne une forme de communication phatique. Mais j’imagine qu’il faudrait alors commencer à bien délimiter les termes de nos objets avant de poursuivre notre conversation.

Mais poursuivons quand même. Je vais prendre un exemple.

Je suis bien l’évolution de l’écrit et de la lecture à l’ère des réseaux (sans en être un expert comme Hubert). Je sais que si le contenu a une valeur, tout de même, elle est pourtant maintenant effectivement éclipsée dans un monde de surabondance d’information par la relation (je vais lire Hubert avant de lire Marc, parce que je le connais personnellement). La relation ne se limite pas à des rencontres physiques non plus et Marc entrera éventuellement dans ‘ma sphère d’experts’.

Par contre, n’étant plus dans un monde de rareté (relative) d’information, Marc aura grand peine à y entrer tant qu’Hubert réussit à satisfaire (saturer) ma curiosité à ce niveau. La valeur du contenu de Marc n’a donc ‘pas de valeur’ à mes yeux. Il pourra être revalorisé quand mon réseau (ma ‘sphère d’experts’) l’inclura davantage comme un incontournable (ou suite à des rencontres personnelles).

C’est effectivement le sens de ma présentation que vous résumez de si bonne manière: le message est rabaissé au rôle de moyen. La sélection des contenus (à contenu égal) se fait pour des raisons d’appartenance à une communauté (à la construction de celle-ci).

J’ai tout de même l’impression que c’était quelque chose de déjà présent dans la culture et que seul le partage à très grande échelle, comme on le voit sur Internet, le rend plus visible (d’où mon appel à un anthropologue qui connaîtrait la situation — tiens j’en connais un je vais lui demander…)

MRG:

C’est effectivement à McLuhan que je pensais (message/massage). Merci en tous cas de cet échange que je me permets de mettre pour mémoire sur mon blogue (confidentiel) « lettrures ». Si vous y voyez le moindre inconvénient, je dépublie illico.

Et je suis très curieux de la réponse de votre anthropologue 😉

Voir aussi le premier billet et  d’autres échanges sur Zéro Seconde, le carnet de note de Martin Lessard (je m’aperçois que j’ai pris le train en marche!).

Mise à jour (2.11): Martin Lessard a mis à son tour notre échange en mémoire sur Zéro Seconde: « Quand le message est rabaissé au rôle de moyen ».

(la présentation de ML après le saut)
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Written by cercamon

1 novembre 2011 at 20:28

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Milad Douehi: l’oubli de l’oubli

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Milad Douehi Chez X. de la Porte

Miladus: « l’oubli de l’oubli », son propos très pertinent (« la machine ne sait pas qu’elle ne sait pas: pour le savoir il faut qu’elle passe en revue tout ce qu’elle sait ») cependant marqué (à moins que ce ne soit sa clef) par l’absolutisation de la métaphore dénoncée par Carr, à savoir concevoir mémoire numérique et mémoire humaine comme analogues voire identiques. Si tous mes tweets, depuis le début, sont conservés et accessibles, ils sont enregistrés et non mémorisés, « mémorisés » uniquement par analogie. Cette différence essentielle: un élément enregistré est collé dans un ensemble et pas recomposé/recomposant dans un ensemble comme un item de mémoire à long terme, qui explique peut-être la constatation: « la machine ne comprend l’oubli que comme une faute ».

Limite de ma remarque: la notion d’archive. Mes comptes de « mémorisation » (delicious, diigo, kindle.amazon.com, Google Reader, etc., et Flickr et mon wiki perso surtout): un espace intermédiaire entre ma mémoire propre et le simple enregistrement sériel, opérateur de cette intermédiation: mes choix. Une archive.

Written by cercamon

29 octobre 2011 at 20:05

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Tablettes et liseuses (commentaire sur So BookOnline)

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commentaire sur l’article de Marc Jahjah « L’évolution des fonds d’écran du Kindle : de la lecture à l’écriture du lecteur ? »

Passionnant. Une remarque: tu mets dans le même sac tablettes et liseuses comme objets de lettrure, or si j’en crois mon expérience (on est bien obligé dans des domaines aussi évolutifs de faire un peu d’auto-observation), possesseur d’un iPhone depuis une 15aine de mois, d’une tablette (iPad) depuis un gros semestre et d’un Kindle depuis un petit mois, si la tablette est une machine à écrire (plus qu’à lire), l’écriture sur la liseuse se limite au strict minimum (annotations cursives en particulier). Du coup je la considère surtout comme une machine à lire.

Written by cercamon

11 octobre 2011 at 19:15

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Kindle Fire (commentaire sur La Feuille)

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commentaire sur l’article d’Hubert Guillaud: « La guerre des supports : la réponse marketing d’Amazon »

Ça sent la guerre effectivement. Ce qui est remarquable, il me semble, c’est qu’Amazon, avec son haut de gamme tablette, sort de son business model fondé sur la vente du contenu, où le matériel est moyen au service de celui-ci. Ici sa position dominante sur le contenu livresque lui sert de base pour conquérir un terrain qui n’était pas le sien et où c’est bien du matériel qu’il s’agit d’abord de vendre. Ce sera intéressant de voir comment ça va tourner.

Tu as sans doute vu le billet que N. Carr vient de sortir là-dessus. Il n’a jamais cru dans la lecture livresque sur écran et donc, de façon très cohérente, pour lui le Kindle fire, c’est le loup qui sort du bois: « Historians may look back on September 28, 2011, as the day the book lost its bookishness. »

Mise à jour (29.09): la discussion se poursuit sur La Feuille.

Written by cercamon

28 septembre 2011 at 23:56

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