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Pierre Mounier: “L’invention d’une culture politique” » OWNI

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Il y a cette espèce de tension qui fait que l’homme politique est censé tout savoir sur tout, tout seul. Ce que j’aimerais, c’est voir un homme politique arriver avec un ordi. Et dire : « attendez deux minutes, vous me posez une question, je n’ai pas le chiffre en tête, je vais vérifier, ou mobiliser quelqu’un pour répondre. Je fais partie d’un réseau et c’est le réseau qui vous répond. Je ne suis que le point de mobilisation de ce savoir. »

via Parti Pirate : “L’invention d’une culture politique” » OWNI, News, Augmented.

Cet exemple que donne Pierre Mounier en toute fin d’entretien est passionnant parce qu’il pose très clairement les enjeux d’une nouvelle littératie (ou d’une nouvelle culture du savoir) sur un exemple concret et précis. Dans un débat, l’homme politique passe un test qui repose sur les mêmes présupposés que repose celui de l’étudiant qui passe un concours: on lui demande de prouver que sa tête bien faite est d’abord maîtrise et organisation d’une tête bien pleine.

En réalité le jeu est rhétorique et pendant longtemps (je veux dire avant l’arrivée du fast-checking, qui soit dit en passant n’est pas encore une pratique majoritaire) la réalité des faits avancés et des chiffres donnés importait moins que la manière dont les adversaires s’en servaient. Et c’est là peut-être que Pierre pêche par angélisme, mais un angélisme utile: un débat comme celui qui oppose les candidats à la magistrature suprême n’est pas le lieu d’une réflexion dialogique (éventuellement polémique) mais une sorte de combat où sont démontrés les qualités humaines (voire viriles) des contestants et le candidat qui interromprait sans cesse son discours pour demander les deux minutes nécessaires à la collecte ou la vérification des chiffres ne ferait pas long feu. En l’état de notre culture politique nationale, ce serait peut-être justice, reste que cet archaïsme est de moins en moins supportable (comme le sont les modes d’évaluation des élèves et des étudiants!).

Written by cercamon

20 mai 2012 à 18:51

Publié dans citation, commentaire, veille

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2 Réponses

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  1. Merci Michel pour cette analyse que je partage pleinement. Malgré tout, je ne pense pas faire de l’angélisme. Tu as raison de renvoyer la discussion politique au registre de la joute voire du combat. Mais celui-ci peut se développer sur d’autre qualités humaines qu’une sorte d’héroïsme viril et solitaire. Les qualités humaines qui correspondent à la mise en relation ou en réseau, à la synthèse, à la production du consensus, à l’écoute de la diversité des points de vue, bref, à la concorde plutôt qu’à la guerre civile, peuvent très bien être présentées comme des avantages comparatifs. Et tu as absolument raison de mettre en rapport cette question dans le champ politique avec le champ éducatif, car les pratiques d’évaluation individuelles qui passent totalement à côté de la dimension sociale du travail (partage d’information, capacité à motiver une équipe, à construire un projet collectif, mobilisation de savoir existants mais disséminés), apparaissent bien dépassées et finalement contre-productives. On parle bien, comme le titre l’article, d’une « culture politique » nouvelle qui doit s’imposer. Tu nous aides ?

    piotrr71

    21 mai 2012 at 00:09

  2. OK, je retire « angélisme » (mais j’avais ajouté « utile » :-)).

    cercamon

    21 mai 2012 at 18:26


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