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Archive for the ‘commentaire’ Category

L’autre écrit, 2 (Christian Jacomino et la fin de la solitude)

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Il semble que l’idée de lecture livresque soit solidaire de la figure de l’artiste (ou de l’intellectuel) créateur. Les deux notions ont en commun la valorisation de la solitude. Et c’est bien de cela qu’il s’agit dans le billet de Pierre Mounier qui occasionne la réflexion de Christian et appelle à la fin de cette fiction de solitude du leader qu’entretient le jeu politique:

Ce qui me rappelle l’article déjà ancien de William Deresiewicz: The End of Solitude. Comme je le note en commentaire, c’est la Renaissance qui a inventé la figure de l’artiste génial et solitaire et qui a voulu dégager l’art des servilités fonctionnelles.

La Renaissance dont Christian veut voir les prémices serait-elle alors un mouvement symétrique à celui que porta la renaissance italienne, il y a un demi-millénaire (et à sa suite l’imprimerie et la réforme protestante, cf. Deresiewicz)? Symétrique, c’est à dire aussi une déconstruction.

Voir aussi:

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20 mai 2012 at 19:31

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À propos d’un chef d’œuvre de Jules Verne

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Je me souviens que mes lectures d’Homère, d’Ovide, de Virgile ou d’Hérodote, etc., qui ont accompagné toute ma vie et en sont l’une des activités les plus délicieuses s’est assise sur la lecture des volumes de la collection des “Contes et Légendes”, ce qui fait que je n’ai jamais lu ni l’Illiade, ni l’Odyssée, ni les Métamorphoses, ni l’Enéide que par des plongées plus ou moins longues dans un milieu à la fois connu et à découvrir.

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20 mai 2012 at 19:03

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Pierre Mounier: “L’invention d’une culture politique” » OWNI

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Il y a cette espèce de tension qui fait que l’homme politique est censé tout savoir sur tout, tout seul. Ce que j’aimerais, c’est voir un homme politique arriver avec un ordi. Et dire : « attendez deux minutes, vous me posez une question, je n’ai pas le chiffre en tête, je vais vérifier, ou mobiliser quelqu’un pour répondre. Je fais partie d’un réseau et c’est le réseau qui vous répond. Je ne suis que le point de mobilisation de ce savoir. »

via Parti Pirate : “L’invention d’une culture politique” » OWNI, News, Augmented.

Cet exemple que donne Pierre Mounier en toute fin d’entretien est passionnant parce qu’il pose très clairement les enjeux d’une nouvelle littératie (ou d’une nouvelle culture du savoir) sur un exemple concret et précis. Dans un débat, l’homme politique passe un test qui repose sur les mêmes présupposés que repose celui de l’étudiant qui passe un concours: on lui demande de prouver que sa tête bien faite est d’abord maîtrise et organisation d’une tête bien pleine.

En réalité le jeu est rhétorique et pendant longtemps (je veux dire avant l’arrivée du fast-checking, qui soit dit en passant n’est pas encore une pratique majoritaire) la réalité des faits avancés et des chiffres donnés importait moins que la manière dont les adversaires s’en servaient. Et c’est là peut-être que Pierre pêche par angélisme, mais un angélisme utile: un débat comme celui qui oppose les candidats à la magistrature suprême n’est pas le lieu d’une réflexion dialogique (éventuellement polémique) mais une sorte de combat où sont démontrés les qualités humaines (voire viriles) des contestants et le candidat qui interromprait sans cesse son discours pour demander les deux minutes nécessaires à la collecte ou la vérification des chiffres ne ferait pas long feu. En l’état de notre culture politique nationale, ce serait peut-être justice, reste que cet archaïsme est de moins en moins supportable (comme le sont les modes d’évaluation des élèves et des étudiants!).

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20 mai 2012 at 18:51

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Les babouins lecteurs (lecture et langage) 2/2

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(L’illustration est tirée de l’article: Orthographic Processing in Baboons (Papio papio) / Jonathan Grainger, Stéphane Dufau, Marie Montant, Johannes C. Ziegler, and Joël Fagot.- Science 13 April 2012 sur lequel je reviens dans ce billet.)

En ouverture de son livre, au moment de poser la problématique de sa recherche, Stanislas Dehaene paraît bien être dans la ligne aristotélicienne, dont il traduirait la suite logique parole > écriture dans les termes chronologiques de l’évolution darwinienne:

« Notre capacité d’apprendre à lire pose une curieuse énigme, que j’appelle le paradoxe de la lecture: comment se peut-il que notre cerveau d’Homo sapiens paraisse finement adapté à la lecture, alors que cette activité, inventée de toutes pièces, n’existe que depuis quelques milliers d’années? » (Les Neurones de la lecture, p.24)

Il m’a cependant semblé trouver dans ses résultats de quoi contester la séquence aristotélicienne. Lire la suite »

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17 avril 2012 at 16:43

Les babouins lecteurs (lecture et langage) 1/2

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http://mcetv.fr/news-express/1404-des-babouins-de-guinee-capable-de-lire-des-mots-comme-dans-la-planete-des-singes

Il vient de paraître dans Science les résultats des travaux d’une équipe de chercheurs marseillais sur les capacités de lecture des babouins[1].

« Les capacités de lecture des babouins »! On est habitués aux discussions et polémiques touchant les aptitudes linguistiques ou pré-linguistiques des grands singes (apes) mais la lecture! les babouins!

La note de vulgarisation du site de mce.tv par quoi je suis arrivé à cet article (et où j’ai pris l’illustration de ce billet) annonce même: « Des babouins de Guinée capable de lire des mots comme dans « La planète des singes » ».

Sensationnalisme journalistique: les babouins de Guinée sont loin de lire des livres, « comme dans La Planète des singes », et si l’article original parle d’orthographe (« Orthographic Processing in Baboons »), il ne s’agit pas de l’orthographe au sens courant. Le mot prend ici un sens particulier, pertinent dans le domaine des études sur les processus neuronaux de la lecture, à savoir la capacité d’identifier les lettres individuelles et de traiter leurs positions dans un mot[2]. Il n’en reste pas moins que les résultats de l’équipe marseillaise sont passionnants et qu’ils remettent en cause les idées reçues sur le rapport entre le langage et la lecture. Lire la suite »

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17 avril 2012 at 13:31

À quoi servent les annotations ? (enquête en cours sur SoBookOnline)

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Pratiques d’annotations (V) : la pleine conscience de la lecture | SoBookOnline.

À quoi servent les annotations? à extraire et « re-machiner » ou simplement à concentrer l’attention?

J’aime beaucoup la métaphore continuée de l’annotation qui s’agrippe au wagon du texte pour par son biais être relié au train de la bibliothèque (universelle – je simplifie un peu…).

Mon commentaire pour mémoire:

Tes annotateurs rencontrés sont peut-être tous partiellement ton annotateur théorique: s’ils utilisent les annotations et surlignements faits, ce n’est qu’une partie d’entre ceux-ci, de sorte que l’annotation est du point de vue de l’usabilité faite « au cas où », et la proportion utilisée (très variable: un thésard utilise sans doute une plus grande partie de ses annotations que le dilettante ou le professionnel qui lit pour se tenir au courant) ne justifierait pas forcément l’activité si celle-ci n’était pas en même temps une façon de focaliser l’attention sur la lecture (je remarque d’ailleurs que pour moi la proportion d’utilisation est devenue beaucoup plus importante depuis que j’annote du texte numérique – pour des raisons évidentes). On pourrait d’ailleurs remarquer un mécanisme analogue pour la prise de notes d’auditeur, en réunion, conférence, etc., aussi, mais ça demanderait peut-être un examen plus précis, pour la mémorisation / bookmarking sur le web.

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16 janvier 2012 at 12:42

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Proust: phénoménologie d’une lecture

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Attribution CC Share Alike / by Wolf Gang(Depuis Barthes[1] la Recherche est généralement comprise comme l’histoire d’un avènement à l’écriture, cependant, c’est sur l’expérience de la lecture qu’elle s’ouvre [2], comme si une histoire d’écriture ne pouvait que se fonder dans une histoire de lecture.

Le long passage, cité ici, se trouve aussi dans Du côté de chez Swann, au milieu de Combray 2. Si la dimension qu’on appelle aujourd’hui « sociale » de lecture est bien présente, du côté de la recommandation[3], il s’agit bien ici d’une lecture individuelle[4], immersive et livresque (plus précisément ici littéraire). On remarquera peut-être une saveur platonicienne à ce passage, laquelle pourrait être comprise comme un index pointant vers l’intempestivité (contemporaine) de ce mode de lecture.)

Illustration Wolf Gang sur Flickr – CC Share alike

… ne voulant pas renoncer à ma lecture, j’allais du moins la continuer au jardin, sous le marronnier, dans une petite guérite en sparterie et en toile au fond de laquelle j’étais assis et me croyais caché aux yeux des personnes qui pourraient venir faire visite à mes parents.

Et ma pensée n’était-elle pas aussi comme une autre crèche au fond de laquelle je sentais que je restais enfoncé, même pour regarder ce qui se passait au dehors? (…) Dans l’espèce d’écran diapré d’états différents que, tandis que je lisais, déployait simultanément ma conscience, et qui allaient des aspirations les plus profondément cachées en moi-même jusqu’à la vision tout extérieure de l’horizon que j’avais, au bout du jardin, sous les yeux, ce qu’il y avait d’abord en moi de plus intime, la poignée sans cesse en mouvement qui gouvernait le reste, c’était ma croyance en la richesse philosophique, en la beauté du livre que je lisais, et mon désir de me les approprier, quel que fût ce livre. Car, même si je l’avais acheté à Combray, en l’apercevant devant l’épicerie Borange, (…), c’est que je l’avais reconnu pour m’avoir été cité comme un ouvrage remarquable par le professeur ou le camarade qui me paraissait à cette époque détenir le secret de la vérité et de la beauté à demi pressenties, à demi incompréhensibles, dont la connaissance était le but vague mais permanent de ma pensée.

Après cette croyance centrale qui, pendant ma lecture, exécutait d’incessants mouvements du dedans au dehors, vers la découverte de la vérité, venaient les émotions que me donnait l’action à laquelle je prenais part, car ces après-midi-là étaient plus remplis d’événements dramatiques que ne l’est souvent toute une vie. C’était les événements qui survenaient dans le livre que je lisais; il est vrai que les personnages qu’ils affectaient n’étaient pas « réels », comme disait Françoise. Mais tous les sentiments que nous font éprouver la joie ou l’infortune d’un personnage réel ne se produisent en nous que par l’intermédiaire d’une image de cette joie ou de cette infortune; l’ingéniosité du premier romancier consista à comprendre que dans l’appareil de nos émotions, l’image étant le seul élément essentiel, la simplification qui consisterait à supprimer purement et simplement les personnages réels serait un perfectionnement décisif. (…) La trouvaille du romancier a été d’avoir l’idée de remplacer [les] parties impénétrables à l’âme par une quantité égale de parties immatérielles, c’est-à-dire que notre âme peut s’assimiler. Qu’importe dès lors que les actions, les émotions de ces êtres d’un nouveau genre nous apparaissent comme vraies, puisque nous les avons faites nôtres, puisque c’est en nous qu’elles se produisent, qu’elles tiennent sous leur dépendance, tandis que nous tournons fiévreusement les pages du livre, la rapidité de notre respiration et l’intensité de notre regard. Et une fois que le romancier nous a mis dans cet état, où comme dans tous les états purement intérieurs toute émotion est décuplée, où son livre va nous troubler à la façon d’un rêve mais d’un rêve plus clair que ceux que nous avons en dormant et dont le souvenir durera davantage, alors, voici qu’il déchaîne en nous pendant une heure tous les bonheurs et tous les malheurs possibles dont nous mettrions dans la vie des années à connaître quelques-uns, et dont les plus intenses ne nous seraient jamais révélés parce que la lenteur avec laquelle ils se produisent nous en ôte la perception ; (ainsi notre cœur change, dans la vie, et c’est la pire douleur ; mais nous ne la connaissons que dans la lecture, en imagination : dans la réalité il change, comme certains phénomènes de la nature se produisent assez lentement pour que, si nous pouvons constater successivement chacun de ses états différents, en revanche, la sensation même du changement nous soit épargnée).

Déjà moins intérieur à mon corps que cette vie des personnages, venait ensuite, à demi projeté devant moi, le paysage où se déroulait l’action et qui exerçait sur ma pensée une bien plus grande influence que l’autre, que celui que j’avais sous les yeux quand je les levais du livre. C’est ainsi que pendant deux étés, dans la chaleur du jardin de Combray, j’ai eu, à cause du livre que je lisais alors, la nostalgie d’un pays montueux et fluviatile, où je verrais beaucoup de scieries et où, au fond de l’eau claire, des morceaux de bois pourrissaient sous des touffes de cresson : non loin montaient le long de murs bas des grappes de fleurs violettes et rougeâtres. Et comme le rêve d’une femme qui m’aurait aimé était toujours présent à ma pensée, ces étés-là ce rêve fut imprégné de la fraîcheur des eaux courantes ; et quelle que fût la femme que j’évoquais, des grappes de fleurs violettes et rougeâtres s’élevaient aussitôt de chaque côté d’elle comme des couleurs complémentaires.

Ce n’était pas seulement parce qu’une image dont nous rêvons reste toujours marquée, s’embellit et bénéficie du reflet des couleurs étrangères qui par hasard l’entourent dans notre rêverie ; car ces paysages des livres que je lisais n’étaient pas pour moi que des paysages plus vivement représentés à mon imagination que ceux que Combray mettait sous mes yeux, mais qui eussent été analogues. Par le choix qu’en avait fait l’auteur, par la foi avec laquelle ma pensée allait au-devant de sa parole comme d’une révélation, ils me semblaient être – impression que ne me donnait guère le pays où je me trouvais, et surtout notre jardin, produit sans prestige de la correcte fantaisie du jardinier que méprisait ma grand’mère – une part véritable de la Nature elle-même, digne d’être étudiée et approfondie.

Si mes parents m’avaient permis, quand je lisais un livre, d’aller visiter la région qu’il décrivait, j’aurais cru faire un pas inestimable dans la conquête de la vérité. Car si on a la sensation d’être toujours entouré de son âme, ce n’est pas comme d’une prison immobile : plutôt on est comme emporté avec elle dans un perpétuel élan pour la dépasser, pour atteindre à l’extérieur, avec une sorte de découragement, entendant toujours autour de soi cette sonorité identique qui n’est pas écho du dehors, mais retentissement d’une vibration interne. (…).

Enfin, en continuant à suivre du dedans au dehors les états simultanément juxtaposés dans ma conscience, et avant d’arriver jusqu’à l’horizon réel qui les enveloppait, je trouve des plaisirs d’un autre genre, celui d’être bien assis, de sentir la bonne odeur de l’air, de ne pas être dérangé par une visite : et, quand une heure sonnait au clocher de Saint-Hilaire, de voir tomber morceau par morceau ce qui de l’après-midi était déjà consommé, jusqu’à ce que j’entendisse le dernier coup qui me permettait de faire le total et après lequel, le long silence qui le suivait semblait faire commencer, dans le ciel bleu, toute la partie qui m’était encore concédée pour lire jusqu’au bon dîner qu’apprêtait Françoise et qui me réconforterait des fatigues prises, pendant la lecture du livre, à la suite de son héros. Et à chaque heure il me semblait que c’était quelques instants seulement auparavant que la précédente avait sonné (…). Quelquefois même cette heure prématurée sonnait deux coups de plus que la dernière ; il y en avait donc une que je n’avais pas entendue, quelque chose qui avait eu lieu n’avait pas eu lieu pour moi ; l’intérêt de la lecture, magique comme un profond sommeil, avait donné le change à mes oreilles hallucinées et effacé la cloche d’or sur la surface azurée du silence. Beaux après-midi du dimanche sous le marronnier du jardin de Combray, soigneusement vidés par moi des incidents médiocres de mon existence personnelle que j’y avais remplacés par une vie d’aventures et d’aspirations étranges au sein d’un pays arrosé d’eaux vives, vous m’évoquez encore cette vie quand je pense à vous et vous la contenez en effet pour l’avoir peu à peu contournée et enclose – tandis que je progressais dans ma lecture et que tombait la chaleur du jour – dans le cristal successif, lentement changeant et traversé de feuillages, de vos heures silencieuses, sonores, odorantes et limpides.

Quelquefois j’étais tiré de ma lecture, dès le milieu de l’après-midi, par la fille du jardinier, qui courait comme une folle, renversant sur son passage un oranger, se coupant un doigt, se cassant une dent et criant : « Les voilà, les voilà ! » pour que Françoise et moi nous accourions et ne manquions rien du spectacle.

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  1. « On sait que la Recherche du temps perdu est l’histoire d’une écriture », in Nouveaux essais critiques, 1972
  2. Très précisément sur l’expérience courante de l’endormissement sur un livre:
    « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Parfois, à peine ma bougie éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je m’endors. » Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher le sommeil m’éveillait ; je voulais poser le volume que je croyais avoir dans les mains et souffler ma lumière ; je n’avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier ; il me semblait que j’étais moi-même ce dont parlait l’ouvrage : une église, un quatuor, la rivalité de François Ier et de Charles-Quint… »
  3. ou de ce que mon ami Christian Jacomino appelle l’ »Instance auctoriale abstraite »
  4. au point que sa description entame une analyse, au sens chimique, du sujet de cette lecture

Written by cercamon

3 janvier 2012 at 18:36

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