Borges, sur la lecture et l’écriture (suite)
Prologue à la première édition de la Historia Universal de la Infamia (1935):
Leer, por lo pronto, es una actividad posterior a la de escribir: más resignada, más civil, más intelectual.
Ce que Roger Caillois traduit en:
Lire est, d’abord, un acte postérieur à celui d’écrire; plus résigné, plus courtois, plus intellectuel.
Un peu plus haut dans ce court prologue:
A veces creo que los buenos lectores son cisnes aun más tenebrosos y singulares que los buenos autores.
Soit dans le français de Caillois:
Je pense parfois que les bons lecteurs sont des oiseaux rares encore plus ténébreux et singuliers que les bons auteurs.
Curieux de retrouver ici ces 3 qualificatifs que je recherchais depuis si longtemps: resignada, civil, intelecual… Ils m’amènent à mieux comprendre peut-être, à reconsidérer en tout cas, l’attitude étrange (que je ne m’expliquais pas) de certains professeurs de lettres, nous en avons connu, qui pouvaient être des (vieux) savants très instruits et très sages, dont la fonction consistait à défendre non seulement les textes mais aussi les figures de gens comme Rimbaud, qui était (et qui reste) quant à lui un gamin un peu voyou, génial mais pas sage du tout, pas vraiment intellectuel.
Christian J.
6 décembre 2011 à 04:59